22.12.2009

Le parquet

 

 

C’est une histoire assez banale en fait. Inutile de chercher à la rendre exceptionnelle, de lui trouver des fragrances romanesques ou bien encore de la livrer à la postérité en la transformant en une grande œuvre de littérature que personne ne lira… Oui, bien inutile tout ça. Parce qu’il me faut bien l’admettre, cette femme m’a brisé le cœur et je suis à terre. Tout cela est pitoyable et ne mérite pas que l’on s’y attarde.

Quand je dis que je suis à terre, il ne s’agit pas d’une figure de style. Je suis vraiment par terre, et nu, sur le parquet flottant de mon salon, couché sur le flanc gauche. J’observe le sang qui se répand  rapidement pour bientôt former une belle flaque et je repense à ce que m’avait dit ma femme, le jour ou j’avais enfin fini de poser les lattes de bois: « Tu devrais le stratifier, ça le protégera des tâches ». Je me souviens lui avoir répondu que oui, on verrait plus tard et voilà, 8 ans après, je me vide de mon sang et la seule chose à laquelle je pense, c’est à la tâche que cela va laisser.

Je vais mourir en me disant que j’aurais du écouter ma femme. Et je vous jure que cette pensée me révolte.

Pourtant, si je reprends la genèse de cette lamentable et piteuse histoire, les choses auraient pu tourner autrement pour moi, si seulement… Enfin, avec des si, je ne serais certes pas aussi proche du trépas. Je serais encore  avec la femme de ma vie. Qui n’est pas ma femme, enfin pas l’officiel, pas celle a qui j'ai dit oui devant témoin et qui me conseille en matière de stratification de sol, non, l'autre, celle qui ne me commande ni ne me juge, celle que j'aime et à cause de qui pourtant je meurs aujourd'hui. Si seulement je lui avais demandé de rester. Ou si j’étais parti avec elle. Non. Je lui ai dit de partir, lui promettant de la rejoindre au plus vite. Au lieu de crever comme un chien, et qui plus est, nu comme un ver, c'est avec elle que je devrais être, dans ses bras, ou bien elle dans les miens, bouche contre bouche, ma main droite dans ses cheveux, ma main gauche sur sa fesse droite, et tiens, voilà que d'y songer l'émotion me submerge, et mon Dieu, je sens que... Je bande… Je meurs en bandant pour celle qui me tue, Ah mon Dieu !… Elle va en faire une tête, ma femme… Quand elle va me retrouver comme ça… oh… non ! Je ne veux pas mourir en pensant à la tête de ma femme ! Tes jambes, tes seins, ton cul, mon amour, mon adorée, je ne veux que toi dans mes pensées à l’ultime instant, ta bouche, ta langue, ton parfum, ta voix, je…

Mince. Je crois que le parquet est vraiment fichu…

 

 

 

 

Lorsque je suis rentrée ce jour là, et que j'ai trouvé Leonard étendu sur le parquet, baignant dans son sang, ça a été un choc, bien entendu. Et pourtant, si je dois être parfaitement honnête, je n'ai pas été à proprement surprise. Cela peut paraître étrange mais je voyais bien depuis quelques temps que quelque chose le tracassait et ma foi, après 12 ans de mariage, de voir son mari se tracasser pour quelque chose équivaut bien souvent aux prémices d'une infidélité galopante. Je m'attendais à un bouleversement imminent dans nos vies, alors, en le découvrant mort au milieu du salon, je dois dire que je n’ai pas été surprise. Je ne prévoyais certes pas quelque chose d’aussi radical… je me préparais plutôt à découvrir une boucle d’oreille qui ne m’aurait pas appartenu, à sentir sur lui un parfum bas de gamme, ou pire, de goûter en l’embrassant le sexe d’une autre… Enfin quelque chose de plus classique, de moins rocambolesque, mais Leonard n’a jamais eu le sens de la mesure. Donc, au lieu de me faire souffrir en m’infligeant les affres de la trahison, il aura préféré mourir nu, en pleine après midi, au beau milieu de notre salon, un talon aiguille pointure 37 planté dans le  cœur.

 

Il y a une énorme tâche de sang sur le parquet. J’ai eu beau frotter, je ne suis pas parvenue à le ravoir. Je lui avais pourtant demandé de le stratifier. A l’instar de notre mariage, il m’avait dit oui et puis plus rien. Quelques jours avant l’accident nous nous disputions a propos de je ne sais plus quoi et cette histoire de stratification a refait surface. Le lendemain, pour prolonger sa culpabilité, je décidais de cirer ce foutu parquet.

Si le rapport du médecin légiste n’avait pas été aussi irrécusable, il aurait été bien entendu logique de présumer de la présence d’une autre femme dans notre appartement. Car enfin, qu’y faisait-il à 16H00, et sans vêtements, alors qu’il était censé se trouver à Cahors pour le séminaire annuel d’Orthodontie ?

Heureusement pour moi, et malgré les zones sombres qui entourent les circonstances de son décès, le légiste est catégorique : Leonard a glissé sur un parquet trop glissant et est tombé sur une chaussure à talon qui s’est enfoncée dans son cœur comme un poignard. Pauvre Leonard.

 

 

Mais je n’ai jamais retrouvé la chaussure droite et il y a un détail que je n’ai révélé à personne : Je chausse du 35.

 

 

23.10.2009

La chute

 

Elle avait mis son costume de femme qui maîtrise son sujet et espérait que cela suffise à la rendre crédible aux regards de ceux venus assister à sa présentation. Et c’est là, sous la lumière dorée des projecteurs et tandis quelle attaquait le chapitre « des outils de mesure de satisfaction » qu’elle découvrit, brutalement, l’impossible coexistence d’un talon aiguille et d’une estrade en parquet ciré. Elle chut, sans grâce et sans retenue. A l’instant même où ses fesses heurtèrent le plancher, il lui sembla que se cristallisait en un dixième de seconde tout ce que la vie avait de plus moche à lui offrir. Elle resta donc quelques instants immobile, incapable du moindre mouvement, paralysée par la honte bien plus que par la douleur qui pourtant lui déchirait le bas du dos. Pendant ce court laps de vol de temps suspendu, elle remarqua, sans pour autant se le formuler clairement, qu’aucun rire n’avait jailli du public, pas le moindre ricanement pourtant attendu au spectacle d’une pareille cascade. Il lui sembla même ressentir comme une sorte de communion, une empathie, presque un sentiment de solidarité dans tout ce que cette situation pouvait avoir d’humiliant. Elle trouva enfin le courage de se relever, aidée par Paul, son directeur, qui, une fois la stupeur dissipée l’avait rejoint sur la scène à petit pas nerveux.

 

Elle se redressa, maladroitement et sans élégance, le remercia et l’assura que tout allait pour le mieux. Elle s’apprêtait à reprendre là ou elle avait été interrompue, avant qu’elle ne soit lâchement trahie par sa stupide paire de chaussures qu’elle s’était précisément offerte pour cette occasion, sans pour autant en avoir les moyens. Mais, angoissée depuis plusieurs jours à la perspective de présenter son travail devant quelques 150 clients et fournisseurs, elle s’était convaincue qu’un escarpin hors de prix aurait un effet déstressant et serait son meilleur atout de réussite. « Tu mourras par où tu auras péché », se dit-elle en ajustant les deux petits micros latéraux, puis elle toussota comme pour annoncer sa résurrection et attaqua d’une voix blanche  « l’identification des points clés dans le process de validation ». Elle enchaîna les slides, sans doute un peu trop vite, fit l’impasse sur la classique cession de questions-réponses et disparu sous quelques applaudissements peu nourris. Elle récupéra ses affaires aux vestiaires et quitta le centre de conférence en boitillant légèrement de la jambe gauche.

 

Elle rentra donc chez elle bien plus tôt qu’à l’accoutumer et trouva l’appartement vide. Il était à peine 15H30, les enfants ne rentreraient pas avant 18H00 et son mari, lui, débarquerait la cravate défaite et les paupières lourdes sans doute après 21H00, comme quasiment chaque soir de la semaine. Elle se débarrassa de son manteau, puis ôta ses chaussures assassines et les jeta rageusement dans le placard de l’entrée. Elle alla dans la cuisine se faire du thé, pensant ainsi évacuer le stress de sa chute qui lui collait à la peau comme une culotte en taille 34. En traversant le salon pied nu, la tasse d’eau bouillante à la main, elle marcha sur une petite bille de verre abandonnée sans doute par l’un de ses fils et glissa exactement de la même façon qu’elle avait glissé deux heures plus tôt. La tasse  fit un splendide triple salto et  atterrie avec une jolie précision  sur l’intérieur de sa cuisse. Abasourdie par cette seconde chute aussi improbable que douloureuse, elle commença par hurler fort, très fort parce qu’elle avait mal et que crier était la seule réponse pratique qu’elle pouvait apporter à cette douleur qui lui irradiait le haut de la jambe, puis elle pleura, longuement, à chaudes larmes, et puis enfin elle se releva avec difficulté, le dos rompu et la chair meurtrie. Elle se passa une crème apaisante sur sa cuisse écarlate en pestant contre sa progéniture, se promettant de distribuer punitions et fessées à ses sales petits morveux désordonnés. Sa cuisse cloquait à présent et ses reins semblaient peser 100 kilos. Elle tremblait de rage, d’humiliation et de douleur. Il était 16H30, elle avait une heure et demie devant elle, alors elle prit son manteau, se chaussa d’une vieille paire de baskets douteuses dont le confort, mais surtout l’absence de talons lui garantirait un équilibre rassurant et elle sortit de chez elle.

A peine avait elle passée la porte de son immeuble, courbée et claudicante, qu’elle croisa sa voisine qui la salua poliment d’un « Madame… », auquel elle répondit d’un semblable « Madame », accompagné d’un petit mouvement latéral de la tête. Elle s’apprêtait à la dépasser lorsqu’elle entendit cette dernière lui lancer un « Dites donc, ça tombe bien que je vous vois… » . Elle ralenti sans pour autant s’arrêter et se retourna, tout en continuant d’avancer, c'est-à-dire qu’en fin de compte, elle avançait tout en reculant.

-« Je voulais vous dire… Nous organisons une pétition contre la petite du troisième, vous savez, celle qui reçoit souvent et qui met la musique trop fort. »

« C’est-à-dire que… je ne sais pas, c’est arrivé quelques fois, certes, mais tout de même, signer une pétition, je ne sais pas si… » Puis elle dégringola les 8 marches qu’elle n’avait pas pu voir. La voisine se précipita en hurlant de tragiques « Mon dieu ! » ce qui alerta les habitants de l’immeuble présents et bientôt, une petite foule fit masse autour du corps inerte qui gisait au bas des escaliers. Lorsqu‘elle reprit conscience, un pompier lui administrait les premiers soins. Il lui intima l’ordre de ne pas bouger. Puis plus gentiment, il lui demanda si elle avait mal quelque part et ce fut compliqué pour elle de répondre à cette question, tant la douleur était diffuse et concernait chaque parcelle de son anatomie. Elle finit donc par lui répondre que oui, elle avait mal partout. On l’embarqua sur une civière et elle fut conduite  à l’hôpital toute sirène hurlante.

 

 

A 22H00, elle était allongée sur un lit tout blanc, le poignet brisé et quelques côtes fêlées. Son mari et ses deux fils étaient assis sagement sur des chaises et regardaient la télévision en mangeant des chips. Abrutie par le sédatif que l’infirmière lui avait apportée, elle leur demanda de la laisser dormir. Ils l’embrassèrent à tour de rôle pour lui souhaiter une bonne nuit et lui promirent de revenir le lendemain. La chambre était à présent baignée d’ombres singulières et des murmurent lui parvenaient par vagues, des voix, des bribes de conversations, des rires étouffés… Elle se laissait sombrer tout en douceur, tranquillement. Elle se trouvait pile à l’instant où le corps s’engourdi et l’esprit se brouille, au bord du précipice, prête à y plonger, réduite à l’abandon le plus délicieux. Et puis un petit pincement du cœur la ramena sur le rivage de la conscience. Elle ouvrit les yeux, étonnée de n’avoir pas succombé au sommeil, puis les referma, attendant qu’à nouveau les premiers signes d’engourdissement apparaissent. Au lieu de cela, son cœur se pinça à nouveau. Légèrement suffocante, elle passa sa main valide sur sa poitrine afin de s’assurer que rien ne venait peser sur sa respiration. Elle supposa que l’effet des antalgiques devait être entrain de se dissiper. Toujours de sa main valide elle chercha dans la pénombre le bouton d’appel et appuya par erreur sur la manette de pilotage du lit. Le vrombissement électrique qui s’ensuivit trancha brutalement avec le silence cotonneux des nuits d’hôpital et le haut de son lit se souleva dans un tremblement digne d’un exorcisme hollywoodien. Totalement paniquée par cette réaction qu’elle ne parvenait plus à contrôler (son lit continuant inexorablement à se soulever) elle roula sur elle-même et alla s’écraser comme une crêpe, face contre terre, sur le sol bleu pâle. Alertée par le bruit de la chute, une infirmière ouvrit la porte de la chambre et la découvrit, gisant dans une chemise de nuit d’un bleu presque identique au lino. Elle se précipita pour l’aider à se relever mais tandis qu’elle la maintenait sous les épaules et la tirait vers le haut, le pied de l’infirmière glissa sur une chips et cette dernière s’effondra sur elle de tout son poids.

 

 

Parvenu à  ce moment du récit, un lecteur quelque peu avisé se demanderait, et à juste titre, pourquoi cette pauvre femme chute de la sorte et combien de temps cela va-t-il encore durer. Alors pour toi, lecteur avisé, sache que nous allons concentrer notre attention quelques instants sur cette pauvre infirmière victime de l’inconséquence d’un gamin de 7 ans, incapable de manger proprement, et ce afin de répondre à tes interrogations légitimes (car est-il nécessaire de rappeler à quel point tu fais preuve d’avisement).

 

 

Marie-Amélie, 32 ans,  infirmière de son état depuis 7 ans et vivant dans un petit deux pièces cuisine-salle de bain de Stains (93) a une profonde nostalgie de « Le gosier » en Guadeloupe, sa ville d’origine avec ses 25340 âmes, sa croissance démographique de  2,29 % et son taux de chômage de 34,22 %. Arrivée en métropole pour ses études à l’âge de 19 ans, elle est tout d’abord accueillie par son tonton René, alcoolique et veuf, le premier étant la triste conséquence du second. Puis elle enchaîne les petits boulots et endosse consécutivement les métiers de caissière, de vendeuse de chaussures, de distributrice de tracts, de chargée d’enquête dans un institut de sondage pour finalement se fixer sur la glorieuse et méritante profession d’infirmière de nuit au service des urgences de l’hôpital Bichat. Marie-Amélie est une gentille jeune femme, serviable et douce, une bonne camarade et une remarquable joueuse de Uno.  Célibataire, elle sort parfois avec ses amis en boite de nuit mais passe le plus clair de son temps libre au sein de sa congrégation Baptiste.

Marie-Amélie supporte assez mal le climat français. Elle s’est donc constituée au fil des ans  une épaisse couche de protection naturelle isolante et incarne parfaitement le destin de toutes les grandes et minces jeune filles nées sous le soleil des Caraïbes et qui se transforment en grosses bonnes femmes sous des auspices météorologiques moins cléments… 

A la lumière de cette dernière information, notre lecteur avisé aura normalement saisi l’intérêt de la digression. Car effectivement, Marie-Amélie est grosse et cette nuit là, elle tomba de tout son poids sur cette pauvre femme, lui brisa le coup et la tua.

 

 

 

Pourquoi le destin se joue-t il ainsi de nos âmes ? Comment une pauvre chips tombée de la bouche innocente et graisseuse d’un petit morveux de 7 ans peut-elle provoquer de tels dommages dans nos vies ? Une simple chips ?

Marie-Amélie se pose encore et toujours la même question, y compris lorsqu’elle traverse la salle sous les applaudissements nourris de l’auditoire. Elle tremble un peu et son cœur bat vite, comme à chaque fois qu’elle va devoir à nouveau se plonger dans l’évocation de cette nuit tragique où elle provoqua la mort sans pour autant avoir eu l’intention de la donner. Le choc fut tellement violent que la pauvre femme mourut sur le coup. Lorsqu’elle parvint enfin à se relever, c’est un corps sans vie qui gisait à terre et elle ne comprit pas immédiatement ce qu’il venait de se produire. Elle activa un code d’urgence et quelques minutes plus tard une équipe médicale tentait une réanimation aussi inutile que désespérée. Ce fut l’autopsie qui révéla l’origine du décès et lorsqu’elle réalisa sa terrible responsabilité, elle sombra dans une grave et profonde dépression qui dura deux ans. Elle cessa d’abord de travailler et passa ses journées à la fenêtre de son appartement, invectivant le ciel et implorant le démon de lui donner suffisamment de courage pour se précipiter dans le vide. Afin d’éviter que quiconque ne finisse par répondre à ces prières, ses amis et les membres de l’église se relayaient quotidiennement pour rester à ses côtés. Effrayés par son état, ses proches décidèrent finalement de la faire hospitaliser. Protégée d’elle-même et de ses pulsions, elle reporta alors sa douleur sur la nourriture et cessa de s’alimenter. Marie-Amélie ne parvenait pas à se remettre de la mort de cette femme et glissait doucement vers une issue qui semblait devoir s’avérer fatale. Un soir, tandis qu’elle était allongée dans son lit, terriblement affaiblie par la privation de nourriture qu’elle s’imposait et engourdie par les doses importantes d’anti-dépresseurs qui lui étaient administrées, elle réalisa soudainement, presque violemment, que si elle était effectivement responsable du décès de cette femme et de la dévastation d’une famille toute entière, elle n’en était en rien coupable. Et elle eu par cette foudroyante réflexion qui allait la libérer définitivement de ses souffrances, l’acceptation pleine et entière du fait que décidemment,  les voies du seigneur sont impénétrables.

Marie-Amélie sortit de sa dépression presque aussi rapidement qu’elle y avait sombrée. Cette  rémission aussi soudaine qu’inespérée fut interprétée par son Eglise comme un petit miracle et il lui était fréquemment demandé d’intervenir auprès de personnes en grande souffrance morale afin de témoigner de son expérience et de la façon dont la foi l’avait aidée à s’en sortir. Elle se sentait utile et pensait sincèrement qu’elle pouvait aider les autres. Alors elle créa un groupe de réflexion et organisa des réunions ou les gens échangeaient sur leur mal être. Marie-Amélie s’investit totalement et sans aucune retenue, tant et si bien que son travail au sein de l’église fut remarqué, puis salué par certains dignitaires. Elle fut nommée Diacre et se consacra à l’enseignement de la bible auprès des jeunes enfants. Elle terminait chacune de ses interventions par l’évocation de sa propre histoire en insistant sur le passage qu’ils préféraient tous, le moment ou du haut de ses 110 KG elle écrabouillait une pauvre mère de famille. Très rapidement, son public crût et de nombreux adultes vinrent à leur tour écouter l’histoire de cette femme qui avait tué rien qu’avec le poids de son postérieur.

Galvanisée par cette nouvelle notoriété, Marie-Amélie décida d’élargir le périmètre de son enseignement et organisa des séminaires de développement personnel qui rencontrèrent un  succès immédiat. Elle créa son entreprise et embaucha une secrétaire, un commercial et tonton René. L’église considéra sa nouvelle activité comme une réelle opportunité et lui proposa de s’associer à un prédicateur américain qui devait s’installer en France. L’opération serait juteuse, les prêches de son nouvel associé réunissant en général plusieurs centaines de milliers de personnes.

 

C’était donc un jour particulier. John Mathiew haranguait une foule électrolysée par sa verve et son charisme. Certains individus étaient en transe et roulaient des yeux ou pleuraient comme des enfants, les bras en croix et les genoux tremblants. Marie-Amélie savait qu’elle allait bientôt être appelée par le prédicateur pour qu’elle raconte une fois de plus son histoire. A l’entrée de la salle, son commercial attendait, prêt à dégainer le carnet de commande, tandis que tonton René distribuait le programme des séminaires pour l’année complète. Mathiew l’annonça à l’Américaine, en roulant le R de Marie et en invitant la foule à accompagner son entrée. Elle traversa donc l’auditoire sous un tonnerre d’applaudissements, jolie comme un cœur depuis que sa dépression lui avait fait perdre environ 55KG. Elle avait mis son costume de femme qui maîtrise son sujet et espérait que cela suffise à la rendre crédible aux regards de ceux venus assister à sa présentation. Et c’est là, sous la lumière dorée des projecteurs et tandis quelle attaquait le chapitre de « la culpabilité comme entrave à l’épanouissement personnel » qu’elle découvrit, brutalement, l’impossible coexistence d’un talon aiguille et d’une estrade en parquet ciré…

 

09.07.2009

Dans la chaussure de...

Oui monsieur, il m’arrive des choses terribles. Terribles je vous dis. Et pourtant, rien ne me destinait à subir les foudres du destin. Avec le recul, je le réalise enfin, ma vie aurait du être différente. Oh ! Tout le monde  dit ça un jour, me direz-vous, pas un homme, pas une femme n’a ressenti au moins une fois ce sentiment lourd et pénétrant d’injustice lorsque les routes empruntées se révèlent être de fichus chemins tout cahoteux… Et pourtant, je vous assure que c’est la vérité. Jamais je n’aurai du devenir la femme que je suis maintenant.

 

 

Enfant, j’étais plutôt vilaine. Mes parents m’ont pourtant beaucoup aimé. Mal, certes, mais avec intensité. Non contente d’être peu gracieuse, j’étais également colérique et capricieuse. Et je peine à l’écrire, croyez moi, mais sans doute pas très intelligente non plus. Enfin suffisamment pour faire montre d’une cruauté perverse qui eut pour conséquence de bouleverser l’équilibre déjà fragile de la maisonnée. 

Nous étions une famille de cinq : Mon père était le seul à travailler et ne gagnait pas beaucoup d’argent. Ma mère était dépressive et hypocondriaque. Ma sœur de quatre ans mon aînée était là, mais j’ai le sentiment étrange qu’elle aurait pu ne pas y être et que cela aurait été en tout point semblable. Ma sœur cadette était, en revanche, un compagnon de jeux idéal et l’ascendant du à mes deux années de vie gagnées sur elle m’autorisait des privilèges injustes et arbitraires.

L’entourage, les papietmami qu’il fallait visiter une fois par mois, les tontonettata et les quelques rares amis qui constituaient le mince terreau social de la famille tenaient des discours hypocrites à mon encontre.  « Quelle comédienne ! » était ce qui revenait le plus souvent, ce que l’on disait pour ne pas avoir à avouer à des parents aveuglés par l’amour que leur fille est une sale gamine perverse et capricieuse…

Ma mère a cessé de s’occuper de mes sœurs et moi lorsque j’avais environ 6 ans. Trop fragile, elle ne parvenait plus à me supporter. « Elle me pousse à bout de nerf », disait-elle. Un brave médecin de famille lui a donc conseillé de rester couchée le matin jusqu'à ce que nous soyons parties pour l’école. Alors elle est restée dans son lit et n’en est quasiment plus jamais sortie.

 

 

A quinze ans, j’étais une adolescente maigrichonne et un peu bête alors à force de m’entendre répéter que j’étais une comédienne, j’ai fini par y croire. Je me suis inscrite à des cours de théâtre, j’ai porté de grands chapeaux et de grandes capes noires. Ca me plaisait bien, d’être comédienne. Ce projet donnait un sens à toutes mes bizarreries et j'étais, certes caricatural, mais à 15 ans, n’est-on pas déjà une caricature sur patte ? Alors je jouais le jeu de l’artiste fantasque rongée par les affres de la création.  Surjoué, mais malgré tout crédible. Et puis étonnamment, ma famille m’a accompagné dans cette histoire. Mon père était fier comme un paon d’imaginer sa fille répondre un jour à une interview, peut être même rencontrer  Patrick Sabatier ! Et ma mère, entre deux siestes,  me donnait des conseils de spécialiste éclairée du genre, toujours avoir des chaussures propres et bien penser à changer de sous-vêtements tous les jours. 

 

 

 J’ai tenu ce rôle pendant 10 ans. Un des rôles les plus importants de ma vie et dans lequel je me suis investie avec passion. Mais vous savez, Patrick, on ne peut pas tricher avec l’art, et oui, j’ai tout quitté parce que je n’avais plus la flamme. (Gros plan caméra sur œil humide) C’est la vie, Patrick. (Contre-plongée) Mais je suis heureuse de l’avoir fait. Il fallait que je passe à autre chose. Je peux passer un message personnel ? "Papa ! Je t’embrasse !" Voilà… l’histoire de ma vie ne s’arrête évidemment pas là, d’ailleurs, j’ai presque envie de dire que c’est à ce moment là que tout commence…Mais il faut savoir ménager son public, non ? (Plan serré sur rire niais et contracté de l’animateur).

 

 

A 25 ans, j’étais devenue une longue jeune femme boutonneuse et inquiète. Egratignée par deux ou trois désastres amoureux, ma superbe de gamine démagogue en avait pris un bon coup et a force de me ramasser sur tous les terrains, j’avais finis par opter pour la stratégie de l’autruche. Je restais donc la plus part du temps chez moi, ne sortait que pour aller me ravitailler au kebab du trottoir d’en face, puis je ruminais mes frites jaunes et mes idées noires des heures durant devant une télévision généreuse et compréhensive. Au bout d’une année passée à boulotter devant mon écran, je n’avais plus trop la patate (pas faute d’en avoir ingurgité, pourtant…). La comédienne que j’avais incarnée était décédée suite à une overdose de manque de talent et il m’en fallait faire le deuil. En revanche, mes parents, mes papietmami et tontonettata eux, ne lâchaient pas le morceau. « Et c’est quand que tu passes à la télé ??? » J’y avais droit à chaque fois et c’était comme un coup de poignard planté dans mon égo sur gonflé. Je me contentais de rigoler bêtement et passais très vite à un autre sujet. Mais il devenait urgent de trouver une parade, un truc de folie qui ferait oublier à la terre entière et plus particulièrement à mes fans parentaux mes appétences pour le monde merveilleux du show business. Sans compter que les subsides de l’état qui me permettaient de mâchouiller mes tubercules à l’huile rancie diminuaient dangereusement de mois en mois. Je ne pourrais bientôt plus avoir d’autre alternative que de trouver une source de revenue, une activité qui alimenterait mon compte en banque et par ricochet mon assiette. Bref, j’avais besoin de travailler. Le concept en sois ne me dérangeait pas le moins du monde, je ne faisais pas partie de ces agacés du système qui parvenaient à se satisfaire d’une vie de glandouille bienheureuse sous couvert d’une idéologie politique agonisante. Non, moi, monsieur, je voulais bien y aller au turbin, chaque matin me lever aux aurores, monter dans un métro bondé de travailleurs enthousiastes et odorants, exécuter ma tâche, participer à l’effort national en consommant tout un tas de trucs inutiles, tout ça j’étais d’accord. Mais j’avais tout de même un souci. Je ne savais absolument pas quoi faire. L’éventualité d’une reconversion professionnelle ne s’étant effectivement jamais posée jusqu’alors (j’étais une comédienne, même ma mère le disait, il ne pouvait donc en être autrement), il a fallut que je me construise un autre avenir (regarder la télé en mangeant des frites n’étant pas, vous en conviendrez,  un projet viable sur le long terme).

 

 

J’en étais là de mes interrogations, lorsque un beau jour, et c’était effectivement un jour radieux, un jour ou il ne peut rien arriver de mal, je reçu un appel téléphonique. Je décrochais donc sans angoisse (rapport à la météo) et eu une très gentille dame des Assedics qui m’invitais à venir lui rendre une petite visite. Ces derniers mois n’ayant pas été caractérisés par une vie sociale intense, je m’y rendais dès le lendemain matin, trop contente de pouvoir enfin papoter avec quelqu’un de mes préoccupations du moment. La gentille dame du téléphone se révéla être également une gentille dame dans la vraie vie. Elle m’écouta attentivement, me tendit à point nommé, car c’était une femme d’expérience, quelques klenex pour éponger mes débordements émotionnels et compris entre deux hoquets que j’étais au bout du rouleau. Elle s’engagea à m’aider dans mes démarches de réinsertion et nous nous vîmes pendant deux mois, une fois par semaine. A chacun de nos rendez-vous elle n’eut de cesse de me répéter à quel point j’étais quelqu’un de formidable. J’avais tellement besoin d’entendre ça de la part d’une personne qui n’avait pas connu la sale gosse qui faisait dormir de dépit sa maman, qui n’avait pas connu l’adolescente prétentieuse et maladroite et qui ne connaîtrait jamais la comédienne orgueilleuse et médiocre dont le cadavre putréfié traînait dans le coin d’une mémoire familiale, sujette bien heureusement à un peu d’Alzheimer.

 

 

Un an plus tard, je travaillais à la télévision. Oh ! Pas comme vous le pensez, grand dieu, non ! Mon travail consistait simplement à créer des pages sur internet et à diffuser les émissions en lignes. J’avais appris un nouveau métier et je ne me débrouillais pas trop mal. Est-ce que j’étais heureuse ? Vous savez, le bonheur…. (Gros plan sur regard perdu dans le vague) D’ailleurs, vous ne vous en souvenez sans doute pas, mais nous nous sommes croisé à cette époque (cadre sur animateur étonné). Dans un couloir. Je vous ai même serré la main et j’ai tout de suite appelé mon père pour le lui raconter. Ah, ça, il était fier, mon père. Il disait à tout le monde que je connaissais très bien Patrick Sabatier. Je ne passais pas à la télé mais j’y travaillais et dans ma famille, c’était tout de même quelque chose... (Cadre sur animateur faussement gêné). En plus, à cette époque j’étais amoureuse. Un type immense à l’accent du sud. Un sculpteur. Oui Patrick, en fait, je crois que j’étais heureuse… (Plan serré sur visage nostalgique – Gros plan sur petite larmichette dégoulinant sur joue droite). Evidemment, ça n’a pas duré. Le karma, Patrick, peut-on lutter contre son karma … (plan large sur Public concentré).

 

 

J’aimais beaucoup mon nouveau métier. Et non, monsieur, ce n’était pas uniquement du au fait de côtoyer des personnalités du showbiz. Je ne dis pas que de temps en temps, je me débrouillais pour me trouver au bon moment et au bon endroit, de façon à apercevoir un chanteur à la mode ou une actrice de cinéma, mais bon. Etais-je pour autant rattrapée par mes vieux démons ? Je ne le pense pas. Je n’étais plus ce papillon flamboyant attiré par les projecteurs, non, j’avais effacé mes couleurs et la vie s’était chargée de me greffer de sombres œillères. Et je vous assure que je n’ai rien fait, consciemment du moins, pour que cette situation évolue. Je vois bien que vous grimacez… Vous ne me croyez pas…  Et comment pouvais-je imaginer les conséquences qu’allait avoir ce malheureux accident ? Je n’étais même pas certaine de savoir avec précision qui était la femme qui se tortillait de douleur en bas de cet escalier.... C’est lorsque j’ai vu Jean-luc Delarue débarquer  en hurlant que j’ai compris que cette pauvre fille était sans doute la nouvelle animatrice d’une émission dont l’enregistrement devait démarrer quelques minutes plus tard.

Je ne sais pas ce qu’il  c’est passé. Je n’explique toujours pas comment j’ai pu me planter devant lui et lui annoncer que j’allais la remplacer. Il m’a regardé longuement. Il n’avait que quelques instants  pour se décider et annuler l’enregistrement de son émission allait avoir des implications financières importantes. La pauvre fille gémissait bruyamment sur son brancard, suppliant de lui accorder une petite demi-heure, le temps de prendre une aspirine et de mettre un petit pansement sur tout ça. Et puis les pompiers l’ont tout de même emmené, malgré ses protestations,  en tentant de lui maintenir la jambe dont le fémur transperçait la chair de par en par. Jean-Luc me fit signe de le suivre. Je trottais derrière lui, il marchait vite. Nous déboulâmes sur le plateau et il m’indiqua une place au centre. « Tu vas nous dire qui tu es et pourquoi je devrais te faire confiance ». Je me suis installée exactement à l’endroit qu’il m’avait indiqué et d’un coup les projecteurs se sont éclairés et je n’ai plus rien vu sinon l’œil sombre d’une caméra. Alors j’ai parlé. De quoi, je ne sais plus. De moi sans doute, de mes ambitions, de toutes les raisons qui pouvaient le convaincre de me donner ma chance. Et puis la lumière s’est coupée d’un seul coup et le plateau au mur gris est réapparu, j’ai vu l’homme derrière l’œil noir et j’ai entendu Jean-Luc Delarue me dire qu’on allait pouvoir y aller. J’enfilais une jolie robe rouge pailletée qui semblait avoir été faite pour moi. Après un rapide briefing d’une vingtaine de minutes, nous démariions l’enregistrement  du pilote d’un jeu télévisé qui s’appelait « Dans la chaussure de… » Oui Patrick. Vous avez bien entendu.

Et vous savez quoi ? Je pense que j’ai été bonne. J’en suis même certaine. Je sais, ça peut paraître prétentieux de dire ça comme ça, d’autant que pas grand monde ne peut me contredire puisque à l’époque aucune chaîne ne s’est finalement intéressé au projet. Mais j’en garde un souvenir tellement intense! Vous vous doutez bien qu’après cette expérience, je ne pouvais plus revenir en arrière. Je voulais à nouveau faire partie de la lumière, j’étais rattrapée malgré moi par mes démons, je quittais mon sculpteur trop grand, je démissionnais de mon travail trop petit et je décidais de me consacrer toute entière à mon nouveau personnage d’animatrice de jeu télévisé.

 

 

Et puis en quelques semaines, les choses prirent une drôle de tournure : Jean-Luc Delarue ne voulait plus entendre parler de moi, me faisant injustement porter l’échec du pilote que nous avions tourné. Et puis il y eut ensuite cette pauvre dinde qui était tombée dans les escaliers et qui m’accusait de l’y avoir poussée. Il y eu un procès. Je fus condamnée à deux ans ferme. Ce fut terrible. (Gros plan séquence émotion). D’autant que je peux bien vous le dire finalement, puisqu’on se dit toute la vérité, non ? Cette fille  n’est effectivement  peut être pas tombée complètement toute seule. Il est possible que ma chaussure ait quelques peu frôlé la sienne et que ma main ai, au même instant, exercé une petite pression sur son dos et que l’association des deux ai eu comme conséquence la chute  dont elle fut victime… C’est possible… Mais bon, était-ce une raison ? Je vous le demande, Patrick ? Qu’est ce que cela a finalement changé pour elle ? M’envoyer en prison ne lui a pas rendu sa jambe, à cette pétasse…

 

 

Je retrouvais ma liberté à 32 ans. Ma mère avait fini par ne plus se réveiller du tout, quant à mon père, il devait se remarier un an plus tard avec une femme qui possédaient 13 chats. Je vins leur rendre visite dans les premiers temps de leur mariage et puis je ne sais pas, peut être parce que ma belle-maman n’aimait pas l’idée d’avoir une ex taularde comme belle fille, ou alors parce que ça m’effrayait de l’entendre appeler mon père son gros matou, quoiqu’il en soit, j’ai cessé de les voir. Mes deux sœurs m’hébergèrent à tour de rôle, le temps que je puisse retrouver une indépendance financière. Je fus consécutivement femme de ménage, distributrice de tract, compteuse de véhicule sur autoroute, hôtesse d’accueil et puis enfin vendeuse dans un magasin de chaussure. Cela fait maintenant 17 ans. Et vous savez quoi ? Je déteste ça. Les pieds humides, les chaussettes qui collent, et les odeurs, vous n’imaginez pas le nombre d’odeurs différentes que peut avoir un pied. Toutes infectent et toutes différentes.  Chaque jour, depuis 17 années, je porte ma croix en me prosternant devant les clients, prenant à pleine main l’objet de tout mon dégout. Souvent, la nausée me prend, particulièrement lorsqu’il fait chaud et que les gens transpirent dans leurs chaussures. Alors je mords le creux de mes joues et je repense à la petite robe de paillettes rouge que j’ai conservée et qui est accrochée au mur de ma chambre, face à mon lit. Alors des paillettes pleins la mémoire, je retire et j’enfile des chaussures à la chaine, je respire doucement et je parviens à aller jusqu’au bout de ma journée de travail. Dix sept années d’expiation dans la souffrance la plus insupportable. Alors quand cet assistant est venu me voir et m’a demandé si je souhaitais participer au casting d’une nouvelle émission de télévision, vous comprenez Patrick, ça m’a un peu retourné. Mais quand il m’a dit que l’émission s’appelait « Dans la chaussure de », j’ai bien cru que j’allais m’évanouir, là, au milieu des sandales de printemps... 20 ans plus tard, l’émission sortait enfin du placard.

Je me suis présentée au casting et j’ai été retenue. Evidemment, j’ai du un peu mentir sur mon parcourt… La production voulait une vendeuse de chaussure avec une vie banale et sans histoire, un peu triste et un peu ratée… Sur ces points, j’étais la candidate idéale. Je leur ai même parlé de mon aversion pour les pieds. Ca a eu l’air de beaucoup leur plaire et je pense d’ailleurs que c’est pour cette raison qu’ils ont finis par me sélectionner. Et oui, Patrick, vous comprenez maintenant pourquoi je tenais à faire cette émission. Vous comprendrez également la raison du pistolet et de tout ça et vraiment, croyez moi, j’en suis désolée, mais franchement Patrick… M’’auriez vous laissé l’antenne si je ne vous avais pas menacé avec mon pistolet ? Oh ! Je sais bien ce que vous vus dites, et le public aussi sans doute… Elle a pété un plomb, la vendeuse de godasse… Prendre en otage, comme ça, tout un plateau, en direct et à une heure de grande écoute en plus… Mais qu’est ce qu’elle espère ?

Vous l’avez sans doute déjà compris, je ne retournerai pas à ma vie d’avant.

C’est mon émission. Et il me semble que je n’ai vécu que pour cet instant. Oh ! Il est d’ailleurs grand temps de nous quitter à présent. C’est fou comme les heures passent pour des minutes lorsque l’on est en si charmante compagnie. Alors un grand merci de votre attention et excellente soirée sur TF1.

 

(Gros plan sur le crâne qui explose sous l’impact de la balle et travelling arrière sur le corps qui s’effondre.)

 

Coupez.